mercredi 20 octobre 2010

Les mots de Pontoise Bréviaire non exhaustif d’une justice d’exception, par Pierre Tevanian (juillet 2010)


Le verdict redouté est finalement tombé : les « cinq de Villiers-le-Bel » sont déclarés coupables de « tentative de meurtre » ou de « complicité », et condamnés à ce titre à des peines d’emprisonnement de trois à quinze ans, en l’absence de toute preuve solide et sur la base exclusive de « témoignages » anonymes et d’un unique « témoignage à découvert » des plus douteux [1]. Un texte précédent qualifiait déjà un tel jugement politiquement (de lynchage) et moralement (d’abjection) : les lignes qui suivent se contenteront donc de répertorier, sur la base d’observations directes et de compte-rendus d’audience [2], par quelle subversion du droit, de la pensée et – donc – du langage une telle abjection est rendue possible. Loin d’être exhaustif, le bréviaire qui suit ne donne qu’un rapide aperçu dulangage d’exception qui soutient cette justice d’exception.

« Al-Qaïda Magazine » : la manipulation dévoilée, par Hicham Hamza (juillet 2010)

Envie d’un petit gâteau au Mojito ? Grâce à Al-Qaïda, c’est possible. Le document présenté par les officiels américains et la presse internationale comme étant la brochure du groupe terroriste est en réalité un PDF corrompu dressant une liste de boulangeries américaines spécialisées. Après « Qui veut s’abonner à Al-Qaida Magazine ? », Oumma continue de dévoiler, en exclusivité, la recette d’une incroyable mystification.

Abd Al Malik, ou la pétainisation du slam, par Faysal Riad (juin 2010)

L’anthropologie historique et l’histoire des idées ont depuis longtemps insisté sur l’importance des représentations sociales véhiculées notamment par les œuvres artistiques. Pour bien comprendre notre société, en plus des analyses scientifiques et œuvres artistiques plus ou moins subversives, une attention particulière peut être portée aussi aux discours plus conventionnels produits par nos idéologues « officiels », ainsi qu’aux paroles prononcées par les dirigeants, intellectuels et artistes à succès, qui présentent l’intérêt d’être caractéristiques d’une classe sociale, d’un milieu, ou plus largement d’une époque. Et lorsque ces œuvres commerciales sont matraquées sur toutes les ondes et encensées par tous les « faiseurs d’opinion », et lorsqu’elles connaissent de ce fait un certain succès auprès du grand public, leur analyse n’en devient que plus nécessaire…

Canard Enchainé, Boutin, Blanc, Estrosi, Bachelot : petits profits et danger de populisme Par Claude-Marie Vadrot (Juin 2010)


N’en déplaise à mes confrères du Canard Enchaîné où j’ai longtemps travaillé, les petits mensonges et profits de Christine Boutin, les 12 000 euros de cigares de Christian Blanc, le prix des chambres des joueurs (enfin, si l’on peut dire joueurs...) de l’équipe de France, les privilèges de logement de Christian Estrosi, les nuits d’hôtel de Rama Yade, les voyages en avion privé d’un ministre, les petites grattes mesquines des chargés de mission, les avantages ou les voitures de fonction des uns et des autres, les retraites des parlementaires ou de Roselyne Bachelot, les petits bénéfices de tel ou telle ministre, les cumuls de Pierre, Paul ou Jacques me laissent parfaitement indifférents.

Le gouvernement des banques, par Serge Halimi (juin 2010)

L’insolence des spéculateurs suscite une vive opposition populaire et contraint les gouvernements à prendre quelques distances avec la finance. Le 20 mai, le président Barack Obama a qualifié de « hordes de lobbyistes » les banquiers qui s’opposaient à son projet de réglementation de Wall Street. Ceux qui signent les chèques vont-ils continuer à écrire les lois ?

Trente paradoxes Anatomie de l’opération « burqa », par Pierre Tevanian (Juillet 2010)


Si tout ou presque – et souvent n’importe quoi – s’est dit et écrit depuis quelques mois sur le « voile intégral » (appelé aussi niqab ou plus improprement burqa) et sur les quelques centaines de femmes qui le portent en France, rien ou presque ne peut en être dit sérieusement en l’absence d’enquêtes sociologiques rigoureuses, fondées notamment sur des entretiens avec un nombre conséquent de ces femmes. Il suffit en revanche d’une heure de peine, de quelques observations, d’un peu de mémoire et d’un peu de réflexion pour entrevoir le caractère singulièrement paradoxalde la gigantesque campagne « anti -burqa ».

Raid sanglant de l’armée israélienne : informations pointues et commentaires ajustés ? , par Amir Si Larbi, Henri Maler (juin 2010)

Les médias dominants ne nous avaient pas habitués à une telle débauche d’informations sur les réactions aux actes de guerre de l’armée israélienne et la plupart des éditorialistes à de tels accès de prise de conscience, ne serait-ce que parcellaire. Mais, à bien lire ce qui a été publié sur les sites Internet et dans la presse quotidienne régionale des 31 mai et 1er juin [1], on découvre, conditionnant d’apparents détails, des prismes, déformants comme il se doit, souvent très déformants.

La dette publique, ou la reconquista des possédants, par Frédéric Lordon (mai 2010)

Ainsi, il y a un « problème de dette publique ». Mais au fait, d’où vient-il ?... Ça n’est pas le genre de question que les promoteurs du thème aiment spécialement à poser : le fait, ou plutôt l’affirmation d’un supposé fait, leur suffit puisqu’il n’est besoin de rien d’autre à leurs yeux pour justifier d’avoir à faire quelques progrès supplémentaires dans le démantèlement de l’État social. Paradoxalement, la situation présente leur est à la fois la plus favorable et la plus délicate. La plus favorable puisque l’explosion en deux ans des dettes publiques est pour le coup incontestable et semble préparer idéalement les coupes les plus claires. La plus délicate car, par la même occasion, elle rend irrésistible la question des origines. Et la gêne qui ne peut manquer de s’en suivre.

Parler de la burqa, en France, c’est parler un peu de la guerre d’Algérie, par Ibn Kafka (mai 2010)

Il y a quelques années, l’idée que des pays dits occidentaux légifèrent sur la tenue vestimentaire des femmes était aussi saugrenue que la tenue d’une Gay Pride à Téhéran. Certes, il y a toujours eu — dans les pays dits occidentaux comme dans ceux n’étant pas désignés comme tels — des textes relatifs à la pudeur publique réprimant des tenues considérées comme impudiques, surtout chez les femmes: on ne se promène pas encore les seins nus sur les Champs-Elysées ou en bikini dans le métro londonien. Mais même là, l’évolution libertaire des mœurs occidentales depuis les années 60 se fait sentir: les prohibitions sont relatives et dépendent du contexte.

Lexique pour temps de grèves et de manifestations, par Henri Maler, Yves Rebours (avril 2010)

Le lexique que nous avions publié en 2003 doit être révisé et complété en permanence. Voici donc une version réactualisée, et illustrée par quelques articles, plus ou moins récents, en guise de prélude au 1er mai 2010.

Sauver les banques jusqu’à quand ?, par Frédéric Lordon (mai 2010)

Quoique le texte qui suit ait pour propos de développer un argument indépendant (relativement), il est difficile de ne rien dire du plan « de stabilisation » que viennent d’annoncer l’Union européenne et le FMI, à propos duquel se pose immanquablement la question de savoir ce qu’il va stabiliser et pour combien de temps...

A Villiers-le-Bel, "un policier à l’instinct prémonitoire" (® F. Louvrier), par JBB d'Article XI (juin 2010)

À un billet daté du 23 avril, Franck Louvrier [1], conseiller en communication de l’Élysée qui revenait sur l’affaire de cette automobiliste voilée verbalisée à Nantes, avait trouvé ce titre magnifique : Un policier à l’instinct prémonitoire.
Façon de rendre grâce au prétendu flair d’un uniforme soupçonnant que le voile de la conductrice pouvait dissimuler de plus importants délits - en l’occurrence, une très médiatique fraude aux aides sociales.

Le national-communisme à la sauce Gérin : pour le Christ, sus aux infidèles ! par JBB d'Article XI (mai 2010)

Je ne sais pas si tu connais André Gérin ? [1]
C’est un député.
Communiste.
Français.
Enfin… communiste… disons que c’est un député encarté au PCF.
Et notons - quoi qu’on pense de la déliquescence du PCF par ailleurs, en ce qui me concerne il me semble que ce parti n’a cessé de creuser plus profondément dans le ridicule et la trahison depuis cinquante ans - notons, disais-je, qu’il est n’est pas du tout anodin que le parti prétendument communiste n’ait pas expulsé depuis un bail le sieur André Gérin.
C’est même révélateur - très.
Et symptomatique - très aussi.

La monstrueuse vivisection de l'Inde, par Henri Tincq (août 2007)

A Thoa Khalsa, 84 femmes avalent de l'opium et sautent, l'une après l'autre, dans un puits. Des musulmans occupent ce village du Pendjab en avril 1947, à quelques mois de la partition de l'Inde, et la tradition sikh veut que les femmes s'immolent quand les hommes ne sont plus là pour les défendre. Quatre d'entre elles survivront parce qu'il n'y a pas assez d'eau dans le puits pour les noyer toutes, mais les autres sont des "martyres". En mourant, elles ont préservé l'honneur de la communauté. Martyres aussi ces jeunes filles que leurs pères ont tuées, au sabre ou de leurs propres mains, pour éviter qu'elles ne soient enlevées, violées, converties à l'islam. Mangal Singh, avec ses deux frères, a tué 17 membres de sa famille, enfants, neveux. Dans Les Voies de la partition Inde-Pakistan, Urvashi Butalia recense les cruautés liées à ce chapitre de l'histoire indienne qui, soixante ans après, ronge encore le pays de remords et de chagrin.

"La plupart des pédophiles sont catholiques", par Monsieur Bernard (avril 2010)

« Il faut être honnête. Moi, je suis un peu catholicophobe. Cela ne me gêne pas de le dire. » A l'image de Claude Imbert, journaliste au Point, nombre d'intellectuels français n'hésitent plus à déclarer leur haine de la religion catholique. D'Ivan Rioufol à Elisabeth Lévy en passant par Philippe Val et Eric Zemmour donc, les médias français tirent à boulets rouges sur ces catholiques "qui se multiplient comme des rats". Et derrière ces leaders d'opinion, c'est tout le pays qui connaît une inquiétante poussée de fièvre anti-catholiques. Les scandales pédophiles à répétition ont évidemment mis le feu aux poudres, mais c'est bel et bien l'éternelle question de l'intégration des catholiques à la République qui ressurgit.

Le dernier souffle de Saïd Bourarach, par Hicham Hamza (avril 2010)

Passage à tabac et écran de fumée sur Bobigny. Mercredi dernier, le corps de Saïd Bourarach a été repêché dans le canal de l’Ourcq. Victime d’une attaque en bande armée, le vigile est mort de noyade après avoir été malmené par ses agresseurs. Retour sur un crime édulcoré.

Si j'avais fait de la politique, j'aurais mis le voile, par Mériam Cheikh (mars 2010)


Je me suis toujours demandé, après avoir longuement milité et surtout avant de me lancer dans une thèse en anthropologie, quelle aurait été la posture esthétique que j'aurais adoptée si j'avais fait de la politique. Il est très clair pour moi que j'aurais décidé de porter le voile.
Idée qui pourrait sembler étrange à ceux qui me connaissent. Je l'aurais fait non pas par conviction religieuse, ni par désir de séduire un certain électorat, ni par peur des machos des « quartiers difficiles » où j'aurais naturellement fait campagne.
Je l'aurais mis pour désamorcer ce qui, dans le champ politique, empoisonne la vie de nombreuses femmes : la séduction.

Retour à chaud sur les élections néerlandaises, par Laurent Chambon (mars 2010)

Ça y est, c'est officiel, ma brève carrière politique de seul Français élu aux Pays-Bas a pris fin mercredi. Mon parti a perdu la moitié de ses électeurs dans mon arrondissement, la gauche a perdu comme jamais mais la presse ne parle que de la victoire (un tiers des électeurs) de l'extrême-droite dans deux villes beaufissimes. Didier Lestrade, le rédacteur en chef de la Revue de Minorités, a insisté pour que je fasse un bilan subjectif, à chaud, alors je m'y colle.

Boycott : la contre-offensive d’Israël et de ses amis, par Dominique Vidal (fév. 2010)

« Je n’accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu’ils sont kasher ou qu’ils proviennent d’Israël. Je souhaite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. J’entends que tous les auteurs d’actes soient poursuivis dès qu’ils auront été identifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet. A cet égard, je salue la détermination du parquet dans l’affaire de l’individu qui avait appelé au boycott de produits israéliens par voie d’affichettes dans un centre commercial de Mérignac (1. » Ainsi s’exprime Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d’Etat, ministre de la justice et garde des sceaux, le 18 février, dans son discours au dîner de l’antenne bordelaise du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

Proposition de loi pour l’interdiction de Michel Onfray dans l’ensemble de l’espace public Une initiative citoyenne, par SPINOZA (mai 2010)


Il est difficile de l’ignorer, sauf à boycotter radios, télévisions, presse et devantures de kiosques : Michel Onfray vient d’ajouter Sigmund Freud à son tableau de chasse. Après Saint-Paul et Mahomet, déclarés responsables de tous les maux de la terre par le plus médiatique des hédonistes libertaires, c’est au tour du fondateur de la psychanalyse de payer pour ses péchés : imposture, affabulation, arrivisme et complaisance pour le fascisme ! Faisant feu de tout bois, et notamment de ces combustibles bon marché que sont le contresens, la contre-vérité, l’approximation, le raccourci et le moralisme le plus grégaire, Michel Onfray nous explique même, entre mille autres perfidies, que Sigmund Freud était, tenez-vous bien, la faute est accablante... cocaïnomane ! Il se trouve que la chose était (très) connue (en gros : par quiconque a visionné un 52 minutes sur la vie de Freud, ou lu sa notice wikipedia), mais personne n’avait encore songé à en faire un argument à charge contre une oeuvre théorique et clinique – sinon quelques énervés à la droite de la droite et dans les franges les plus puritaines du troisième âge. Sans être, au collectif Les mots sont importants, des inconditionnels de Freud et du freudisme, et tout en étant même sensibles à certaines critiques au vitriol comme celles de Gilles Deleuze et Félix Guattari [1], nous ne pouvons nous empêcher de trouver lamentable ce réquisitoire aussi outrancier dans sa forme qu’indigent sur le fond, et fatigante cette manie qu’ont les philosophes télévisuels de décrocher lejackpot éditorial en crachant sur le cadavre d’un grand penseur : après BHL et Marx, Luc Ferry et Foucault, Comte-Sponville et Nietzsche, Nathalie Heinich et Bourdieu, voici donc Onfray et Freud... Plutôt que de perdre de l’énergie à déconstruire un livre qui n’en vaut pas la peine, au risque en outre d’alimenter le buzz onfresque, il nous paraît plus constructif de conseiller la lecture de Deleuze et Guattari, et celle des passionnants livres de Freud que sont notamment Le malaise dans la civilisationL’avenir d’une illusionL’inquiétante étrangeté ou encore les Cinq leçons sur la psychanalyse... Et pour ce qui concerne Michel Onfray, il nous paraît suffisant et nécessaire de populariser à nouveau une récente proposition de loi élaborée par la SPINOZA (Société Pour l’Interdiction des Nuisances Onfresques Zet Anarchoracistes)